Marc-André Selosse : pourquoi il juge la loi Duplomb « passéeiste » et coûteuse
Dans sa tribune, le biologiste Marc-André Selosse critique la loi Duplomb, qui vise notamment à réautoriser l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde. Son argument central :
👉 cette loi ignore les coûts sanitaires, économiques et écologiques réels des pesticides, et retarde la transition agroécologique.
1️. Le contexte politique
- Une pétition contre la loi a recueilli plus de 2 millions de signatures à l’été 2025.
- Le texte a été promulgué le 11 août 2025.
- Il prévoit le retour de l’acétamipride, insecticide interdit en France depuis 2020.
- Le Conseil constitutionnel avait censuré une première disposition similaire.
- Une nouvelle proposition a été déposée en février.
Selon Selosse, la loi facilite :
- L’installation d’élevages intensifs,
- La création de bassins d’irrigation,
- Le rôle de conseil des vendeurs de pesticides,
- Et empêche d’interdire certains pesticides même toxiques s’il n’existe pas d’alternative.
2. Les coûts sanitaires (selon les études citées)
Selosse s’appuie notamment sur :
-
L’étude Agrican, qui suit 180 000 agriculteurs français.
→ Elle montre un risque accru de certains cancers (lymphomes notamment +50 % chez les agriculteurs). -
Les consommateurs de produits bio présentent :
- Un risque de cancer réduit de –20 % à –76 % selon les études citées
- Une baisse du risque d’Alzheimer de –13 % à 50 ans
Il souligne que les pesticides contribuent à une contamination alimentaire généralisée, avec des impacts sur l’espérance de vie en bonne santé.
3️. Les coûts économiques cachés
L’argument clé de l’article repose sur la notion de “coûts cachés”.
Selosse cite :
- L’INRAE
- La FAO
- Des travaux à Montpellier
Estimation avancée :
👉 chaque euro dépensé dans l’alimentation génère environ 2 € de coûts externes (soins de santé, restauration environnementale, dépollution de l’eau).
Autres éléments cités :
- Le coût de dépollution de l’eau potable augmente (+16 % depuis 2023).
- La part d’eau du robinet réellement potable est passée de 95 % à 85 % en un an.
- Les indemnisations liées aux pesticides ont augmenté de +43 % en 2024.
4️. Impact écologique et territorial
L’article évoque :
- La prolifération des marées vertes liée aux élevages intensifs.
- La ruine de la conchyliculture dans les zones polluées.
- L’érosion des sols.
- La perte de biodiversité.
Il insiste aussi sur le rôle :
- Des haies,
- Des sols non labourés,
- Des pratiques agroécologiques,
dans le stockage du carbone, la prévention des inondations et la résilience climatique.
5️. Critique centrale : une loi en décalage avec l’agroécologie
Selosse affirme que la loi :
- Retarde la modernisation de l’agriculture française.
- Ignore les solutions agroécologiques existantes.
- Favorise une concurrence internationale “laxiste”.
- Maintient un modèle dépendant aux intrants chimiques.
Il rappelle que :
- Le bio représente environ 10 % des surfaces agricoles.
- L’agroécologie progresse mais reste minoritaire.
- Des pratiques alternatives (diversification des cultures, haies, rotations) réduisent les ravageurs sans pesticides.
6️. La position finale de l’auteur
- La loi Duplomb est « passéeiste ».
- Elle génère des coûts financiers et humains « colossaux ».
- Elle retarde la transition vers une agriculture plus résiliente.
- L’Assemblée nationale devrait l’abroger.
- Un débat collectif plus apaisé serait nécessaire.
7. Et le principe de précaution ?
Au-delà des coûts sanitaires, économiques et écologiques évoqués par Marc-André Selosse, le débat autour de la loi Duplomb renvoie aussi à une autre question fondamentale : celle du principe de précaution.
Dans Reporterre, le sociologue François Dedieu souligne que les incertitudes scientifiques entourant les pesticides sont souvent utilisées par leurs défenseurs pour retarder les interdictions. Il rappelle :
« C’est pour parer à tout cela que l’on a inventé le principe de précaution, qui est inscrit dans le droit français et dans le droit européen. Ce principe établit que lorsque l’on a un doute sur le danger d’un produit, mieux vaut l’interdire que le retirer plus tard. Mais sur les pesticides, il n’est en réalité jamais appliqué. »
Autrement dit, le désaccord ne porte pas uniquement sur l’efficacité agricole ou la compétitivité internationale. Il porte aussi sur la manière dont la puissance publique arbitre en situation d’incertitude scientifique. Faut-il attendre une preuve définitive du dommage, au risque d’un coût humain et environnemental élevé ? Ou appliquer strictement le principe de précaution, quitte à fragiliser certaines filières à court terme ?
Sources :
Tribune de Marc-André Selosse à lire dans Le Monde : Marc-André Selosse qualifie la loi Duplomb de « passéeiste » et alerte sur ses coûts sanitaires, économiques et écologiques.
Un texte argumenté qui remet la question des pesticides au cœur du débat public, non seulement environnemental, mais aussi économique.
🗞️ Source : Le Monde, rubrique Idées, 10 février 2026.
Reporterre, François Dedieu
