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L'agroecologie, c'est quoi et pourquoi est-ce nécessaire ?

11 juillet 2026 par
Sarah


Nos campagnes se vident en silence : pourquoi la biodiversité nous concerne tous

Perdrix, alouettes, lièvres, insectes… Depuis plusieurs décennies, la petite faune de nos plaines agricoles décline à un rythme qui devrait tous nous alarmer. Ce n'est pas une impression : c'est documenté, chiffré, et les causes sont aujourd'hui bien identifiées. On fait le point, sources à l'appui, et on vous explique pourquoi ce sujet est au cœur de ce qu'on fait chez GUS.

Un déclin spectaculaire, et pas si mystérieux

Le dossier consacré aux « Plaines agricoles silencieuses » dans le magazine *Valériane* de Nature & Progrès (par Léon Bourdouxhe, ingénieur agronome, et Bruno Schiffers, administrateur chez Nature & Progrès) part d'un constat implacable : en Europe, en quarante ans, les populations d'oiseaux inféodés aux milieux agricoles ont chuté de plus de 60 %, selon l'European Environment Agency. Alouettes, perdrix, bruants, moineaux, lièvres et lapins, autrefois familiers de nos campagnes, se raréfient partout.

On entend souvent dire que la chasse serait responsable de ce déclin. Le dossier est clair là-dessus : cette lecture repose sur une confusion entre pression de prélèvement et capacité d'accueil des milieux. La littérature scientifique pointe plutôt trois mécanismes convergents : 

  • la destruction des habitats naturels, 
  • l'effondrement des ressources alimentaires (notamment les insectes) et 
  • les intoxications directes ou indirectes liées aux pesticides.

Des paysages devenus hostiles au vivant

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, l'agriculture européenne a connu une transformation profonde : remembrement des terres, agrandissement des parcelles, disparition des petites exploitations, hyperspécialisation des cultures. Résultat, selon le dossier : des paysages « hostiles au vivant », des blocs de monocultures sur plusieurs dizaines d'hectares continus, sans haies, sans talus, sans bords de champs enherbés — autant d'éléments qui jouaient pourtant un rôle-clé de zones refuges, de nidification et d'alimentation. Ces suppressions se font souvent, note le dossier, de manière volontaire et progressive : haies « raccourcies » d'année en année, talus labourés jusqu'à la crête, fossés désherbés chimiquement. Des pratiques la plupart du temps illégales, mais très peu sanctionnées.

Les Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), censées encourager la restauration d'un maillage écologique, restent marginales : moins d'1 % de la surface agricole utile en Wallonie, alors que la recherche montre qu'il faut environ 3 % de surfaces semi-naturelles à l'échelle du paysage pour qu'un habitat reste fonctionnel.

Les pesticides, la faim et l'intoxication : -75% d'insectes volants en moins de 30 ans ...

C'est sans doute la partie la plus frappante du dossier. Une étude de référence menée en Allemagne a mis en évidence une baisse de plus de 75 % de la biomasse d'insectes volants en moins de trente ans, y compris dans des zones protégées. Or ces insectes sont une ressource alimentaire vitale : chez la perdrix grise, espèce bio-indicatrice largement étudiée, les poussins sont quasiment exclusivement insectivores durant leurs trois premières semaines de vie. Des travaux menés au Royaume-Uni montrent qu'un poussin de perdrix peut consommer jusqu'à 2 000 à 3 000 insectes par jour pour assurer une croissance normale.

Les herbicides jouent aussi un rôle, mais par un autre mécanisme : en éliminant les plantes adventices (chénopode, stellaire, renouées…), ils suppriment une source essentielle de graines et de matière verte. Chez le lièvre d'Europe, ces plantes peuvent constituer 40 à 60 % de l'alimentation estivale.

Quant aux semences traitées, l'*Environmental Protection Agency* américaine estime qu'environ 1 % d'entre elles restent accessibles aux vertébrés granivores après les semis : une proportion jugée suffisante pour provoquer des intoxications significatives. En France, plus de 700 cas de mortalité avérée de la faune sauvage liés à l'imidaclopride (un néonicotinoïde) ont été recensés entre 1995 et 2014, avec un lien de causalité jugé fort dans environ 70 % des cas.

L'agroécologie, un mot à remettre sur ses fondations

Le second article du magazine, signé Mireille De Graeuwe, animatrice chez Nature & Progrès, revient sur l'histoire du terme « agroécologie », popularisé en une quinzaine d'années au point d'être aujourd'hui utilisé « à tort et à travers ». Né dans les années 1930 comme discipline scientifique, le concept est devenu, à partir des années 1970-1980, le symbole d'un mouvement social défendant la souveraineté alimentaire et le rôle central des petits producteurs.

Pour Nature & Progrès, il manque à l'agroécologie des balises claires, des garde-fous, en particulier l'interdiction des pesticides chimiques de synthèse. L'article plaide pour une alliance entre agroécologie et bio : le cahier des charges européen (interdiction des OGM, des pesticides et engrais chimiques, limites de densité pour les élevages) apporte une base de contrôle nécessaire, à laquelle l'agroécologie ajoute une vision plus globale — relocalisation des filières, autonomie des agriculteurs, justice alimentaire, gouvernance collective des systèmes alimentaires.

Protection de la biodiversité : ce qu'il faudrait changer

Le dossier de *Valériane* conclut sur quatre leviers concrets : le respect strict des réglementations existantes (bandes tampons, prairies permanentes) ; une réorientation profonde des politiques agricoles, en particulier de la PAC, vers la restauration des infrastructures écologiques ; une réduction réelle et mesurable de l'usage des pesticides ; et une reconnaissance du rôle que peuvent jouer, aux côtés des autres acteurs, les agriculteurs engagés. L'IPBES identifie d'ailleurs l'intensification agricole comme l'un des cinq principaux moteurs de l'érosion de la biodiversité mondiale.

Pourquoi cela nous concerne, chez GUS

Tout ce que l'on vient de décrire - la disparition des haies, l'appauvrissement des sols, la dépendance aux pesticides - c'est exactement ce à quoi une épicerie bio et solidaire comme la nôtre essaie de répondre, à notre échelle. 

  • Choisir des produits bio, c'est soutenir un cahier des charges qui bannit les pesticides et engrais chimiques de synthèse. 
  • Privilégier les circuits courts et les producteurs locaux, c'est participer à cette relocalisation des filières que l'agroécologie appelle de ses vœux. 
  • Et notre modèle de prix solidaire répond à une autre partie du problème, moins souvent citée mais tout aussi réelle : rendre une alimentation respectueuse du vivant plus accessible.

La biodiversité ne se sauve pas uniquement dans les champs : elle se joue aussi dans nos choix de consommation, chaque semaine, au moment de remplir son panier.

*Sources : « Plaines agricoles silencieuses : il est temps d'agir ! » (Léon Bourdouxhe & Bruno Schiffers) et « Agroécologie : revenir à ses fondements » (Mireille De Graeuwe), magazine* Valériane*, Nature & Progrès.*

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